mardi 26 septembre 2017
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UA: le premier passeport de l’union Africain est enfin lancé 

Pour percer les mystères liés au temps, chez les Grecs anciens, il y avait Chronos et il y avait Kairos. Le second, petit dieu ailé symbolisant la belle opportunité à saisir sur-le-champ, était souvent contredit par le premier, le dieu du Temps qui passe inexorablement. Si Kairos renvoyait à l’instant et à la circonstance, Chronos prenait la forme du fleuve temporel, tantôt cyclique et tantôt linéaire.
Saluons le petit dieu ailé et souhaitons la meilleure fortune au passeport africain qui vient de faire son entrée sur le Continent, avouons-le, de manière fort discrète. A l’heure du Brexit et d’une Union européenne qui traverse la crise la plus profonde de son histoire, le lancement de ce sauf-conduit nous arrive avec la bénédiction de Kairos. L’annonce, faite en avril par la présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini-Zuma, est surtout symbolique et historique. Car les premiers exemplaires ne seront distribués qu’aux dirigeants africains courant juillet. Les citoyens ordinaires, eux, captifs de Chronos, devront patienter quelques années, voire quelques décennies, avant que l’entrée et le séjour sans visa dans n’importe quel pays du continent ne deviennent réalité. Sa mise en œuvre ne sera pas une partie de plaisir, car l’Afrique est si vaste. Et si faiblement connectée par des réseaux de communication routiers, maritimes, ferroviaires ou aéroportuaires.

« Une place dans le concert mondial »

Des 197 pays officiellement reconnus par l’organisation des Nations unies, plus d’un quart sont africains, soit 54 exactement, alors que l’Asie en compte 47, l’Europe 45, les Amériques 35 et l’Océanie 14. Mais ce n’est pas tout, puisque le continent de Kwame Nkrumah et de Cheikh Anta Diop recèle quatre pays non reconnus par l’ONU : la République sahraouie dont le président et chef historique, Mohamed Abdelaziz, vient de disparaître ; l’Azawad porté sur les fonts baptismaux par le MNLA en avril 2012 ; le Puntland indépendant de la Somalie depuis 1998 qui suit les traces du Somaliland, le plus célèbre d’entre eux, né en 1991.

C’est donc au cours du 27e sommet de l’UA, prévu du 10 au 18 juillet à Kigali, que quelques centaines de ce passeport couleur bleu nuit seront offertes aux présidents, aux chefs de gouvernement, aux ministres des affaires étrangères et aux représentants permanents à Addis-Abeba, siège historique de l’UA. L’objectif de la Commission est « de créer une Afrique forte et prospère, gérée par ses propres citoyens et à même de prendre la place qui est la sienne dans le concert mondial », précise le communiqué émanant du bureau de Mme Dlamini-Zuma publié le 13 juin.

rhétorique, les faits font exploser l’optimisme de façade. Pis, le mandat de quatre ans de la Sud-africaine aurait accéléré le déclin de l’UA et d’aucuns prédisent que son successeur, quel qu’il soit, devrait faire bien mieux que l’actuel chef d’orchestre de la diplomatie panafricaine. Mais arrêtons de tirer sur l’ambulance et revenons à nos moutons.

Premiers rêveurs d’Afrique

Le concept de libre circulation sur toute l’étendue du Continent n’est pas une nouveauté. On peut même affirmer qu’il a germé dans l’esprit des premiers rêveurs d’Afrique, ceux qui, sitôt arrivés à la matrice africaine n’ont eu de cesse de vouloir refouler la terre ancestrale pour y replanter leur souche. Qu’ils s’appellent Marcus Garvey (1880-1940) ou Edward Wilmot Blyden (1832-1912), qu’ils viennent de la diaspora ou du Continent, ils ont enfanté, chacun avec sa manière et ses mots, le panafricanisme. L’UA est de fait la matérialisation de leurs idéaux.
Il se trouve que des Etats comme le Ghana, le Rwanda, Maurice ou les Seychelles ont déjà pris des mesures pour faciliter grandement l’obtention des visas pour les ressortissants africains. Rappelons aussi qu’il n’y aura plus besoin de visa pour se rendre dans l’un des 54 pays d’ici… 2020.

Pour ce qui concerne l’intégration et l’union, elles seraient totalement réalisées à l’horizon 2063 si on se fie aux prévisions annoncées par la Commission de l’UA. Pour l’immédiat, contentons-nous du symbole : ce passeport à la couverture bleu nuit a déjà fière allure.

Abdourahman Waberi
@lemonde

A Propos La Rédaction

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